Interview exclusive du Secrétaire général de l’OEACP

Le multilatéralisme peut être sauvé, déclare le Secrétaire général de l’OEACP (INTERVIEW)

Publié par Ghislain Zobiyo le

BRUXELLES, 28 septembre (BIPMedia) — Le multilatéralisme peut être sauvé, si on accepte tous et si on adopte les mesures de transformation et de structuration des Nations unies. Et c’est ensemble avec des pays et des régions qui acceptent un système fondé sur la solidarité, que l’équilibre du système multilatéral, sera préservé », a déclaré le Secrétaire général de l’Organisation des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, Georges Rebelo Pinto Chikoti, dans une interview accordée à Xinhua/BIPMedia, à l’occasion de l’ouverture des réunions de haut niveau organisées en vidéoconférence par les Nations Unies.

Au moment où viennent de se tenir les réunions de haut niveau qui marquent le 75ème anniversaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU), avec une préoccupation majeure sur le multilatéralisme, M. Pinto Chikoti, a exprimé ses vives inquiétudes vis à vis des économies des pays faibles, énormément touchés par la crise du COVID-19.

Cet état est d’autant préoccupant au regard du déséquilibre du système multilatéral, dont sont l’objet l’Organisation Mondiale du Commerce (l’OMC) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Depuis plus de deux ans l’OMC est en incapacité de fonctionnement, et donc à même de régler les différends commerciaux entre Etats, pour manque de juges suffisants.

Selon le Wall Street Journal, Washington bloque systématiquement lorsque les mandats arrivent à terme, les nominations de juges de l’instance d’appel de l’organe de règlement des différends (ORD), pilier de l’OMC. Or il en faut au minimum trois juges pour administrer un dossier.

Une autre inquiétude de M. Chikoti est celle du retrait des Etats-Unis de certaines organisations importantes. Les Etats-Unis ont annoncé leur retrait de COP21 depuis novembre 2019. Ils ont amorcé leur retrait de l’OMS en juillet 2020.

« Si chacun adopte une politique nationaliste et protectionniste, il ne s’engage plus avec l’ensemble de la communauté internationale. Cela fragilise le système multilatéral et ne facilite pas la tâche des Etats plus petits que sont les nôtres. Or, l’équilibre du monde a toujours fonctionné du point de vue du système multilatéral, pour le bien-être de tout le monde », a expliqué M. Pinto Chikoti.

Face à ce déséquilibre du système multilatéral et surtout avec la pandémie de COVID-19 qui touche de plus en plus de petits pays vulnérables , l’OEACP a réitéré sa confiance au système mondial, aussi bien de l’OMS que de l’OMC.

« l’OEACP et l’UE ensemble, nous avons donné une contribution de 214 millions € pour les programmes de l’OMS », a indiqué M. Chikoti.

Lors du 9ème sommet de l’OEACP à Nairobi au Kenya en décembre 2019, les Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’OEACP ont pris l’engagement de mettre en oeuvre la déclaration de Nairobi en faveur du multilatéralisme, mais aussi de la bonne gouvernance, de la paix et la sécurité, de la durabilité environnementale et du changement climatique, entre autres.

M. Pinto Chikoti lance un appel aux Nations Unies, à « regarder la vulnérabilité des pays et faire en sorte que les recommandations issues du sommet de l’ONU répondent sérieusement à la fragilité des économies les plus touchées.

« C’est ensemble, avec des pays et des régions qui acceptent un système fondé sur la solidarité, que l’équilibre du système multilatéral, sera préservé », a insisté M. Chikoti.

Dans son discours du 21 septembre 2020, le Président de la République Populaire de Chine, Xi Jinping a notamment souligné que « la Chine sera pour toujours, un acteur du multilatéralisme, participera activement à la réforme et à la construction du système de la gouvernance mondiale, et préservera fermement le système international centré sur les Nations Unies ». 

La Chine qui a investi plus de ressources dans l’ensemble de nos pays (OEACP) plus que quiconque, peut jouer un très grand rôle pour renforcer le système multilatéral, selon M. Chikoti.

La Chine a fait des progrès au cours des dernières 50 années, de manière régulière et constante. 

« La Chine aujourd’hui peut travailler non seulement avec les pays en voie de développement, mais aussi avec les pays développés, compte tenu de sa puissance industrielle et technologique et son marché. De ce point de vu, la Chine est un partenaire extrêmement important dans le monde, pour mieux répondre aux défis de santé, du climat, du commerce, de la paix et de la sécurité, aux côtés des Nations Unies », a étayé M. Chikoti.

Renforcer le multilatéralisme c’est aussi à travers la coopération Sud-Sud et Triangulaire, et la Chine apparaît pour l’OEACP comme un partenaire important.

« La Chine a aussi l’avantage du fait qu’elle écoute mieux ou bien les pays pauvres. La Chine a démontré sa grande capacité de compréhension, non seulement de l’agriculture mais aussi de l’économie de transformation de ces pays », a mentionné M. Chikoti.

Dans cette coopération Sud-Sud, M. Pinto Chikoti propose à la Chine d’établir ensemble, un mémorandum et un programme sur les secteurs clés ou les besoins en investissements sont criards. Tel est le cas pour les infrastructures, l’environnement, le secteur agricole et minier, les activités économiques , l’économie bleue, le tourisme à titres d’exemples.

De manière globale M. Chikoti pense que l’Europe peut jouer rôle important avec l’ensemble du monde et particulièrement avec la Chine, pour garder l’équilibre du sytème multilatéral.

« Je pense que nous avons un monde qui doit se coordonner sur la base du système multilatéral, c’est la perspective au niveau de l’OEACP », dit-il.

« Moi je travaille avec 79 pays OEACP. nous avons tellement de petits pays, des petites îles qui sont soit dans le pacifique soit dans les caraïbes, tout comme nous avons de grands pays comme la République Démocratique du Congo, le Nigeria, …. Nous sommes tous ensemble pour pouvoir obtenir par exemple un accord qui puisse satisfaire tout le monde. Ce n’est pas un exercice facile, mais c’est la seule voie que nous avons pour garder un équilibre et une stabilité », a relevé M. Chikoti.

Il est donc important que le système multilatéral fonctionne, que l’on adopte des décisions qui peuvent favoriser les plus petits pays. « C’est ensemble qu’on peut sauver le système multilatéral. Si on cherche un vaccin, un médicament, …, qu’on puisse travailler tous ensemble. Je crois que voilà un défi qui est posé à l’ensemble des pays », a conclu M. Pinto Chikoti.

Le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique est officiellement devenu « l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique » le 5 avril 2020. Ce changement de dénomination fait suite à l’entrée en vigueur de l’Accord de Georgetown révisé, qui a été approuvé par les Chefs d’État et de gouvernement ACP lors de leur 9e Sommet tenu en décembre 2019 à Nairobi, au Kenya.