Coopération belge au Développement

Alexander De Croo donne sa vision futuriste de la Coopération au Développement

Publié par Ghislain Zobiyo le


Associer le potentiel existant à des opportunités à créer ensemble avec les pays partenaires, dans un développement durable et inclusif, en y associant le droit des femmes, telle est la vision d’Alexander De Croo, ministre belge de la Coopération au Développement.

Depuis plus de 40 ans, l’Afrique a reçu de la part des bailleurs de fonds internationaux (l’Union Européenne en tête), des centaines de milliards d’Euros d’aide au développement. Y’a-t-il eu un développement effectif de l’Afrique ? Si oui à quel prix ? Malgré les différentes formes d’aide : Fonds Européen de Développement (FED), Fonds de Développement vert pour l’Afrique, le programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), les formes d’aide humanitaire, …, fort est de constater que ces aides on montré leur inefficacité dans bon nombre de pays. Pour certains pays d’Afrique, une part du budget de l’Etat dépend même de l’aide extérieure (50% du budget du Burundi, dépend de l’aide étrangère). Depuis des dizaines d’années, on assiste aussi à plusieurs formes de coopération entre le Nord et le Sud : partenariat économique, partenariat dit « win-win », coopération au développement, …, la monnaie d’échange étant souvent, le pillage des ressources naturelles et la fixation des prix des matières premières de l’Afrique au gré des puissances qui les exploitent. La vision de la coopération au développement proposée par Alexander De Croo, ministre belge, lève le voile sur la nouvelle philosophie de la Coopération Belge au Développement.

C’est dans une salle comble de l’Hôtel Thon situé à l’avenue Louise à Bruxelles, que le ministre belge de la Coopération au Développement rencontrait le 12 janvier 2016, les citoyens venus des 4 coins de la Belgique, afin d’exposer sa vision de la coopération au développement. Dans son mot d’introduction le ministre, optimiste sur l’avenir du monde, a souligné un fait marquant dans l’histoire de l’humanité. Au regard des 15 dernières années, selon les chiffres de la Banque Mondiale, 850 millions de personnes sont sorties de l’extrême précarité. Ce chiffre concerne principalement la Chine, L’Inde et le Brésil. Le nombre d’enfants plus jeunes qui meurent depuis 1990, a diminué de moitié. Certains Objectifs Millénaires de Développement (OMD) ont été atteints, notamment, la gratuité de l’enseignement primaire pour les filles et les garçons. Toujours d’après les statistiques, 10% de filles vont à l’école. Le revenu national des pays augmente de 3%. Un indice économique important et prouvé dans tous les pays du monde. Par ailleurs, Les femmes qui travaillent ramènent 90% de leurs revenus au ménage. Cependant, un autre constat est tout aussi impressionnant, au niveau de la santé reproductive et selon les chiffres du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), 800 filles et jeunes femmes meurent chaque jour, à la naissance de leur bébé. 900 millions de personnes vivent dans la pauvreté extrême, surtout en Afrique subsaharienne. En république Démocratique du Congo par exemple, c’est plus de 38 millions de personnes qui vivent dans la précarité. Toujours dans ce sombre tableau, dans le développement de l’Afrique, le potentiel de la femme est sous-exploité. Plusieurs barrières empêchent la femme de déployer son énergie. Alex Houtart, Consultant en Coorporate Social Responsability, a évoqué cet aspect du droit des femmes dans son intervention. En Guinée Conakry par exemple, une quinzaine d’obstacles légaux empêchent la femme de faire du business. Dans le cas du Burkina Faso, 5 à 6 lois légales discriminantes portent préjudice au business de la femme. Le champion toutes catégories est l’Arabie Saoudite, où le permis de conduire est interdit aux femmes par exemple.

Le ministre de la coopération a poursuivi son exposé, et s’est appuyé sur le constat du britannique Angus Deaton, Prix Nobel d’Economie 2015, à savoir que plus on reçoit de l’aide, moins il y a la croissance économique. Par ailleurs, bien que la théorie d’Angus Deaton repose sur le rapprochement de la population locale avec leurs élus, pour le ministre, il devrait y avoir un lien critique entre le pouvoir public et la population. Depuis que l’Afrique reçoit de l’aide des pays donateurs, ce lien critique établit entre le pouvoir public et la population est cassé pour toute une série de raisons : corruption, détournement de fonds public, le pays donateur, dans la forme de coopération classique, dicte sa loi sur l’utilisation de l’aide, et ce qu’il y a lieu de faire, aucune oreille attentive aux vrais besoins ou aux critiques du pouvoir de la part de la population. Parallèlement, le pays récipiendaire de l’aide, joue le jeu avec les pays donateurs, et n’écoute plus sa population.

Après ces observations, le ministre n’est pas allé par 4 chemins pour évoquer sa règle d’or dans une coopération au développement, digne de ce nom. Je site : « On ne peut pas casser le lien critique entre la population et le pouvoir. Bien au contraire, on doit être aussi critique que la population. Le seul moyen de le faire c’est de veiller au respect des droits de l’homme, ratifié par l’ensemble des pays de la planète ». Le ministre de la Coopération au Développement a démontré ensuite, qu’il y avait un lien direct entre le respect des droits de l’homme et une vrai croissance économique. Le cas du Burundi, où il y a une absence d’alternance politique en est l’exemple. Il argumente plus loin : « lorsqu’un gouvernement d’une manière flagrante devient sourd vis à vis de sa population, il devient impossible pour l’Etat belge de continuer à vous aider ». Le ministre en appelle au dialogue entre le pouvoir politique et la population. Il demande de rétablir le lien critique entre les deux interlocuteurs, et souligne, en ce qui concerne le Burundi, que les portes sont ouvertes et qu’il y a moyen de progresser dans le bon sens.

La vrai question à se poser est de savoir quelle type de coopération voulons-nous pour un développement réel de l’Afrique ? Nous voulons soutenir une croissance économique qui provient de l’entrepreneuriat local. Nous voulons donner un espoir aux jeunes, aux PME, aux agriculteurs, aux femmes et à tous les acteurs économiques, politiques, la société civile, le monde associatif,.., qui veulent construire leur pays a insisté le ministre. Cependant, le monde économique ce n’est pas uniquement attirer les investisseurs extérieurs. La solution à l’investissement c’est créer un environnement, où la population locale a envie d’entreprendre, où votre population a la confiance et n’a pas peur de se faire saisir les moyens financiers accumulés grâce à son activité, a ajouté le ministre.

Le ministre belge de la coopération au développement, est revenu sur les accords de coopération signés entre la Belgique et deux pays d’Afrique de l’Ouest, à savoir le Burkina Faso et la Guinée Conakry. le ministre a évoqué la volonté de l’Etat belge à accompagner le Burkina Faso dans son processus de démocratisation et de reconstruction du pays, après 28 ans de régime dictatorial de Blaise Compaoré, la tentative de putsch manqué au terme d’une année de transition dirigé par Michel Kafando. Par ailleurs, l’accord de coopération signé lundi 04 janvier 2016 entre Alexander De Croo et son homologue guinée Koutoub Moustapha Sano d’un montant de 15 millions d’euros, porte pour deux ans (2016 et 2017). Il témoigne de l’engagement de la Belgique à soutenir la Guinée, durement frappée par la maladie à virus Ebola en 2014. Cet accord concernerait les secteurs de l’agriculture, de l’assainissement d’eau potable. Il prévoit de mettre un accent sur les droits de l’homme. Une 2ème phase de coopération entre les deux pays sera approuvée en 2017 et qui s’étendra de 2017 à 2020.

Investir dans des entreprises locales, considérées comme de véritables clés dans le développement socio-économique, tel est aussi l’action de la Belgique dans la coopération au développement. La Société belge d’investissement pour les pays en développement(BIO) agit dans ce sens. La BIO a pour mission : le soutien aux micro, petites et moyennes entreprises locales, pierre angulaire du développement socio-économique durable.

Au terme d’un échange avec les participants, le ministre de la coopération a donné sa satisfaction aux initiatives de la diaspora africaine, pour les projets de développement en Afrique. Il a aussi souligné l’importance de celle-ci à prendre part à la construction de leur pays d’origine. Les exemples de retour massif de la diaspora congolaise en provenance d’Europe et des Etats-Unis pour s’installer et développer leur pays sont la preuve que le développement de l’Afrique passe aussi par ses ressortissants. « Nous sommes prêts à soutenir les initiatives de la diaspora africaine qui vont dans le sens de développer les projets dans leur pays », a insisté le ministre. Donner la possibilité aux gens de faire du commerce de développer leur rêve économique, social, associatif, culturel, c’est leur donner de l’oxygène durable. Ghislain.Zobiyo