Inauguration du Club de la Presse Francophone à Bruxelles

Le "Club de la Presse Francophone", un outil de médiation et de promotion du français

Publié par Ghislain Zobiyo le

Jeudi 11 février 2016, la représentation de l’organisation Internationale de la Francophonie à Bruxelles et le Press Club Brussels Europe, organisaient le lancement du Club de la Presse Francophone à Bruxelles, en présence de Jean-Claude Juncker, Président de la Commission Européenne, de Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), d’un florilège de journalistes, ressortissants de nombreux pays, mais aussi des ambassadeurs, diplomates, et d’imminentes personnalités. Devant une salle comble de deux cent invités, Marou Labaki, Vice-président du Press Club Brussels Europe, a fait état de la situation inconfortable de la langue française, face à un quasi monopole de l’anglais au sein de l’Union Européenne, dans la salle de presse, lors des négociations, dans la plupart des réunions au sein de l’institution, et même dans certaines grandes métropoles.

Au Québec par exemple, les données linguistiques du recensement de 2011, réalisés par Statistique Canada, attestent un recul du français. Hors Québec, 43% des francophones, utilisent plus souvent l’anglais à la maison. Ce qui laisse entrevoir une assimilation à l’anglais. Toujours d’après Statistique Canada, le français comme principale langue unique parlée est passée de 75,1% en 2006 à 72,8% en 2011. A Montréal, le français comme langue d’usage chute, passant de 54,2% en 2001 à 53% en 2011 .

Même si les traités européens ont institué trois langues de travail à savoir l’anglais, le français et l’allemand, dans la pratique, le constat est effrayant. La langue de Shakespeare semble s’imposer de plus en plus. Conséquence, de cela, une certaine inégalité de traitement des langues gagne du terrain. D’où la volonté et la nécessite des organisateurs, de réaffirmer leur attachement à la langue française, de redorer le blason de cette langue, mais surtout un impératif de diversité linguistique et de richesse dans l ‘union s’impose, a martelé Marou Labaki.

Le Club de la Presse Francophone est avant tout , un espace d’échanges, un cercle de réflexion sur l’exercice du métier de journaliste à Bruxelles. Il est tout autant, un lieu de promotion de la langue française.

La Secrétaire générale de l’OIF après avoir salué l’initiative et la présence massive de prestigieux hôtes à cette cérémonie d’inauguration, a réaffirmé les enjeux linguistique, démocratique et politique d’un tel projet. Elle a souligné le rôle essentiel de la presse, des journalistes qui rendent compte tous les jours, de l’actualité dans le monde, la construction de l’UE à titres d’exemples. Face à la tendance de « tout en anglais » au sein des institutions européennes, la Secrétaire générale a insisté avec force, sur la nécessité pour les journalistes francophones, d’accéder à l’information en français. La Secrétaire générale de l’OIF persisté sur la nécessité de la liberté de la presse, de l’importance de l’accès plurilingue à l’information, et donc, de l’usage du français, lors des points de presse au sein des institutions européennes.

« Il nous faut être vigilants. l’idée d’une Union Européenne(UE) qui se construirait à une langue, l’anglais en l’occurrence, ne produirait qu’une situation, où beaucoup se sentiront exclus. On assistera par ailleurs à un déficit de perspectives, d’idées, d’approches et de contenus. On n’adhère rarement à ce que l’on ne comprend pas » a -t-elle ajouté.

La Secrétaire générale de l’OIF a procédé ensuite, à l’inauguration officielle du Club de la Presse Francophone, sous les applaudissements des invités. Elle a interpelé l’UE tout comme la Francophonie à affronter les crises multiples et récurrentes présentes et à venir. Le plus urgent étant, que ces institutions demeurent proches des populations qui les composent, qu’elles servent, et qui les animent. Elle n’a pas manqué de mentionner le rôle que pourrait jouer les journalistes dans la médiation aussi bien pour les deux institutions pré-citées. « Puisse dans ce Club de la Presse Francophone de Bruxelles y contribuer. longue vie au Club de la Presse Francophone » a-t-elle conclu.

Le Président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, a accueilli avec satisfaction, la création du Club de la Presse Francophone. Bien qu’étant en désaccord avec le point de vue des organisateurs sur le recul du français dans les points de presse au sein des institutions européennes. Il a toutefois rappelé, toute l’énergie qu’il déploie, pour la promotion de cette langue au sein de l’UE, depuis le début de son mandat.

« J’applaudis des deux mains, l’initiative qui est la votre . Les réunions de la Commission se passent en français en anglais et en allemand. Je tiens beaucoup à ce que le français ne disparaisse pas du paysage européen. Parce qu’une langue n’est pas seulement un mode de transport des mots. La langue est un instrument de coeur qui permet de comprendre les paysages, d’avoir une idée sur les hommes qui habitent un territoire, parce que la langue caractérise et différencie les territoires entre eux et ouvre la voie vers la culture du pays dont on parle la langue. La langue permet de tout comprendre, si on veut comprendre. Et donc je tiens beaucoup à ce que la langue française ne disparaisse pas ni dans la salle de presse ni dans l’hémicycle. L’emploi du français est devenu plus solide depuis que je suis président de la Commission. En un mot je vous souhaite bon vent et vive le français. » Tel était l’intervention du Président de la Commission Européenne, l’un des invités d’honneur à cette cérémonie inaugurale.

La cérémonie s’est clôturée par la voix mélodieuse et la musique de la jeune chanteuse belge d’origine haïtienne Dany Bey, accompagnée de son guitariste.

Le Club de la Presse Francophone apparait dès lors, comme un véritable levier de médiation, de solidarité, de collaboration, de coopération, de promotion, au service de la langue française. Une mission qui prend tout son sens, au moment où la langue de Molière perd des plumes, face à l’anglais. Ghislain Zobiyo