IFAC/Commémoration des génocides à Bruxelles

Promouvoir une société sans négationisme

Publié par Ghislain Zobiyo le

Dans le cadre de ses activités d’éducation permanente, de sensibilisation, et du développement de l’esprit critique des masses, l’association sans but lucratif dénommée « Institut Libérale de Formation et d’Animation culturelle » (IFAC), représentée par sa présidente Latifa Aït-Baala, organisait le 27 janvier 2016 au siège du Mouvement Réformateur (MR) à Bruxelles, une rencontre - débat autour des génocides et crimes contre l’humanité. Ce n’était pas un hasard de calendrier, car le 27 janvier correspondait à la journée internationale de commémoration des génocides, mais surtout l’opportunité de mener une réflexion sur la prévention des crimes contre l’humanité et le négationisme du génocide.

Cette rencontre - débat a réuni 4 figures emblématiques, de la mémoire des génocides qui ont eu lieu dans le monde, ainsi que de nombreux invités. La mémoire de la Shoah était représentée par Henri Goldberg et Frédéric Crahay, respectivement président et directeur de la fondation Auschwitz. Eric Rutayisire, président de l’asbl Ibuka « Mémoire et justice », représentait la mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda. Enfin Narine Apraham, était la porte-parole de la diaspora arménienne pour la mémoire du génocide arménien, mais en plus pour évoquer l’état des relations entre la Turquie et l’Arménie.

Pour rappel et selon les chiffres officiels, la Shoah (processus d’extermination systématique des juifs, organisé par l’Allemagne nazie entre 1933 et 1945), a fait 6 millions de morts. Le génocide des Tutsi au Rwanda, génocide le plus rapide du monde a causé en 100 jours (d’avril à juillet 1994), plus d’un million de morts. Ces deux premiers génocides sont reconnus au niveau international. Le « génocide de Srebenica » de juillet 1995, reconnu par le Tribunal Pénal Internationnal (TPI), a fait 8.00 morts, principalement des hommes, des adolescents bosniaques musulmans . Le génocide arménien de 1915 à 1923 a causé quand à lui, plus de 1,5 millions de victimes. Ces chiffres illustrent à suffisance, la barbarie qui a animée l’esprit de certains dirigeants de nos Etats. Ces génocides qui sont tous des crimes contre l’humanité, sont imprescriptibles. D’où l’importance et l’intérêt pour les organisateurs de cette rencontre, de rappeler au monde, les faits de l’histoire, afin que ceux qui ont péri (du fœtus au vieillard), ne soient jamais oublié de notre conscience collective. Une circonstance de marquer aussi cette journée, par une réflexion autour du négationisme du génocide et des crimes contre l’humanité, et surtout de prévenir les situations de conflits qui peuvent déboucher sur d’éventuels génocides. L’actualité au Burundi en est la preuve que ce risque potentiel est bien présent.

Après l’exposé des 4 orateurs sur les activités de leurs associations, notamment : l’organisation de séminaires, de formations, dans des écoles, institutions, ... , l’organisation de voyages d’études, des journées d’études ou les jeunes, ressortissants d’un même pays ou de pays différents, ont l’occasion de se faire connaître. L’organisation aussi d’une marche au flambeau, expositions, expositions itinérantes ou même la constitution d’une amicale de ressources , d’un centre de mémoire d’archives, de publications scientifiques sur le thème de l’histoire et de la mémoire, et même l’organisation de concours de dissertation, de photos, de vidéos sur des thématiques biens précises, … La rencontre a par la suite, débouché sur la réflexion de plusieurs thèmes majeurs, à savoir le négationisme, le révisionisme et la banalisation du génocide.

On retiendra de ces différentes interventions, qu’« Il est important aujourd’hui de pouvoir travailler main dans la main, entre différents partenaires, associations, et toutes les personnes de bonne foi, de manière à promouvoir, une société sans négationisme. Nous vivons à Bruxelles, dans une ville cosmopolite, et on voit combien c’est très difficile. Nous savons combien les élans génocidaires peuvent renaître à tout instant. Nous le voyons dans certains pays en Afrique, notamment au Burundi, où il y a des élans génocidaires. Nous devons absolument contribuer à ce que cette situation, ne puisse jamais se renouveler ». Tel était l’un des postulats de la présidente de IFAC, qui a invité par ailleurs, des personnes qui ont vécues le génocide, à donner leur témoignage, à partager leurs expériences dramatiques. Ce partage est non seulement une thérapie mais , il est nécessaire si on veut vraiment avancer ensemble et lutter contre tous ces élans racistes, génocidaires. Il faut absolument extirper ce mal qui ronge nos sociétés pour construire des sociétés beaucoup plus harmonieuses. Une société dans laquelle chacun pourrait s’épanouir", a conclu Latifa Aït-Baala". Eric Rutayisire, a renchéri. Il en appelle à la vigilance. Faire connaître le génocide, éduquer, sensibiliser pour qu’il n’y ait plus jamais ça. Depuis 1994, le gouvernement rwandais a entrepris un vaste processus de justice et réconciliation, notamment, les tribunaux classiques (tribunaux nationaux), la création en 2005 des « Gacaca » qui sont les tribunaux populaires. Il y a eu également à l’étranger, le tribunal pénal international pour le Rwanda (1994). La Belgique, a été le premier pays européen à juger les présumés génocidaires. On dénombre environ 30 000 Rwandais sur le sol belge. D’après nos sources, douze cas de procès sur le génocide des Tutsi au Rwanda ont été traités par la justice belge. La plupart d’entre eux ont débouché à une déclaration de culpabilité de l’accusé« Malgré ces procès, la Belgique reste, d’après Eric Rutayisire, le pays qui abrite, un grand nombre de présumés génocidaires jusqu’à ce jour.

Nous avons rencontré ces soldats de la mémoire du génocide. Ils répondent aux questions de la rédaction de Brussels Information Press. Ghislain Zobiyo