ACP-UE/Quelle stratégie politique pour les Parlementaires ACP ?

La Pilarisation du partenariat Post-Cotonou de plus en plus probable

Publié par Ghislain Zobiyo le

Le Séminaire sur les relations entre le groupe des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique(groupe ACP) et l’Union Européenne (UE) qui a eu lieu lundi 19 mars 2018 à l’espace Wallonie-Bruxelles, a réuni le nouveau Président de l’Assemblée Parlementaire ACP et Co-Président de l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE, Joseph Hyacinthe Owona KONO, les représentants d’institutions internationales partenaires du groupe ACP (la Francophonie, l’Union européenne (UE), le Centre Européen de Gestion des Politiques de Développement (ECDPM)), les parlementaires du groupe ACP, ambassadeurs, ainsi que des invités de haut rang, autour de l’analyse des relations du groupe ACP et l’UE. Cette rencontre de haut niveau intervient au moment où les deux partenaires ont arrêté un cadre de négociations, en vue d’un partenariat renouvelé Post-Cotonou. L’actuel accord prend fin en 2020, d’où la question cruciale des enjeux et perspectives futures du partenariat. Après 43 années de coopération avec l’UE, l’avenir du groupe ACP semble sur la sellette, d’autant plus que le principal partenaire et pourvoyeur de fonds d’aide au développement du groupe ACP a fait savoir qu’un changement de paradigme dans la coopération avec le groupe ACP va s’opérer. En clair, et pour plus d’efficacité, l’UE envisage d’établir des liens directs avec chaque bloc du groupe ACP (Afrique - Caraïbes - Pacifique). D’autres facteurs s’ajoutent à cet avenir incertain de la coopération ACP-UE. C’est l’arrivée de la Chine et son concept « Win-Win » plus attrayant à côté du paternalisme et du concept « d’aide au développement de l’UE. On estime aujourd’hui que dans les 900 milliards d’euros d’aide au développement des 50 dernières années vis à vis de l’Afrique , une bonne partie de cette aide est détournée par les circuits opaques de la corruption, des fuites financières illicites dues à des systèmes frauduleux.

Sans langue de bois, les différents interlocuteurs à cette rencontre ont analysé au peigne fin l’état des relations entre les deux partenaires. Bien qu’il y ait eu des avancées en terme de réduction de la pauvreté, de développement de certains pays du Sud, de démocratie, de respect des droits de l’homme, beaucoup reste à faire pour atteindre l’objectif d’éliminer la famine, de combattre le terrorisme trans-frontalier, la corruption, ou même la pratique de la bonne gouvernance. Le constat de Stephane Lopez, ambassadeur, Représentant de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) auprès de l’UE est interpellant. Il y a une asymétrie dans le dialogue politique, dans les échanges entre les deux partenaires, ce qui affaiblie le groupe ACP fait-il remarquer. D’où son invitation au groupe ACP, à revoir sa stratégie politique pour les négociations à venir avec l’UE s’il veut jouer un rôle majeur sur la scène internationale. Le calendrier des négociations est fixé en septembre 2018. Même son de cloche de Cécile Kyenge, députée au Parlement européen. Elle a invité les pays du Sud à utiliser leurs ressources et à sortir de l’aide au développement.

La tâche de Joseph Owona Kono et ses paires (parlementaires) du groupe ACP s’annonce ardue. Le Président de l’AP ACP a indiqué l’importance de l’appropriation des politiques de développement par les Etats membres du groupe ACP, de la transformation structurelles des économies des pays ACP, de la promotion des PME, de favoriser une coopération inter et intra-ACP mais aussi d’accroître la communication du groupe. Il faut sans aucun doute élaborer une stratégie politique pouvant permettre au groupe d’établir une continuité du partenariat avec l’UE. Un accord contraignant, de nature politique, économique où les deux, donnerait une marge au groupe ACP. Il faut cependant tenir compte de tous les autres paramètres, et la géopolitique mondiale (Brexit, la lutte contre le réchauffement climatique, le terrorisme, la migration, ...) au moment d’amorcer ces négociations avec l’UE et surtout, d’avoir d’alternatif, pour tirer un meilleur parti de ces relations et capitaliser les acquis de cette coopération. Tel est le challenge non des moindres que le groupe ACP doit relever. Ghislain Zobiyo