Journées Camerounaises : Une 2ème édition très prometteuse

Les APE offrent de réelles opportunités. A l’Afrique de les saisir

Publié par Ghislain Zobiyo le

Ghislain Zobiyo (Première partie de notre dossier)

Bruxelles, le 3 juillet (BIPMedia) — Placée sous le signe de l’unité à travers le sport en général et le football en particulier, la 2ème édition des Journées Camerounaises, organisée par la Fédération des Associations Camerounaises de la Diaspora (FASCADI), a honoré son rendez-vous d’évènement culturel et de promotion des 10 régions du Cameroun. Le public venu des quatre coins de la Belgique et d’ailleurs n’a pas boudé son plaisir malgré la canicule.

Entamées le 28 juin, les Journées Camerounaises 2019 s’ouvraient par une conférence-débat autour de la compréhension des Accords de Partenariats Economiques (APE), établis entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Les APE sont en d’autres termes, des accords de libre-échange avec un démantèlement progressif des droits de douane.

Il était question de se pencher sur le cas de ces accords entre l’UE et la région Afrique Centrale en général et le Cameroun en particulier. Le Cameroun à ce jour est seul pays de la région, à avoir signé (en 2009) et ratifié (2014) l’APE. Cet APE signé avec l’UE est entré en vigueur la 04 août 2016, ce qui soulève la question de la portée de ces accords après bientôt 3 ans d’existence, notamment les opportunités pour la diaspora.

Le Professeur Thierry Amougou, Economiste, Enseignant-chercheur à l’Université catholique de Louvain (UCL) depuis 11 ans, a présenté le contexte dans lequel ces accords ont vu le jour, leur évolution dans le temps en intégrant son approche dans un monde globalisé. Les opportunités qu’offrent les APE existent. Cependant, « nous ne pouvons pas nous confiner uniquement sur les opportunités concernant le Cameroun, dit-il. Les opportunités pour le Cameroun n’ont de consistance que si elles sont reliées à l’Afrique et au reste du monde », a-t-il insisté.

Les textes qui régissent ces accords, stipulent un libre-échange et une levée progressive des droits de douane. Les pays européens peuvent entrer sur le marché des pays ACP et vice versa. Cependant, fait remarquer Prof. Amougou, « il y a toujours des barrières non tarifaires (normes de sécurité, d’hygiène, conditionnement des produits, calibrage etc) qui freinent l’entrée des produits africains sur le marché européen ». Les pays européens ont la capacité au niveau de normes non tarifaires, à pénétrer le marché africain ce qui n’est pas le cas pour une bonne partie des pays d’Afrique. Les marchés africains manquent de moyens, de structures et la capacité à respecter les normes régies par le commerce international. C’est l’un des défis que doit relever l’Afrique pour tirer profit de ces accords.

Il en est de même du défit de l’industrialisation de l’Afrique, celui de sa monnaie (Franc CFA) ou encore une politique agricole qui protège peu les producteurs africains, contre une concurrence des prix de certains produits, a martelé le Prof Amougou. « Si le petit producteur de riz africain a en face le riz qui vient d’un pays de l’UE par exemple et qui coûte moins cher, il risque de ne plus vendre son riz et c’est sa production qui sera affectée.

Les opportunités qu’offrent les APE existent. L’élargissement du marché européen à l’Afrique en est un, a expliqué l’Enseignant. L’Afrique peut vendre tout sauf les armes, disent aussi les textes de l’accord. Ce qui signifie un volume du marché du travail beaucoup plus important et un vaste marché ( Les 27 Etats membres de l’UE représentent 426,2 millions de personnes en excluant le Royaume-Uni qui quittera l’UE le 31 octobre 2019). L’Afrique doit opérer une spécialisation et une diversification de sa production, a indiqué Prof. Amougou.

La mise en place d’une zone de libre-échange continentale africaine le 30 mai 2019, implique une augmentation qualitative des échanges commerciaux, mais aussi une compétitivité des produits africains. « Nos produits ne peuvent pas entrer sur le marché européen à cause d’une faible qualité. Dès lors Comment rendre les produits d’Afrique plus compétitifs ? Il faut améliorer le produit, le volume de production, les procédés de fabrication le conditionnement. Il faut aussi de nouveaux produits et une innovation institutionnelle, Le marché c’est la combinaison du qualitatif et du quantitatif », a expliqué Prof Amougou.

A l’heure de la transition écologique, l’Afrique ne doit pas rester en marge. Le Prof Amougou a lancé un appel, pour que le Cameroun saisisse l’opportunité des APE pour approvisionner ses produits miniers ou même les 300 nouveaux minerais rares découverts dans 5 régions du Cameroun, aux pays de l’UE avancés dans les technologies vertes, pour produire de l’énergie propre.

Les APE sont aussi une opportunité à l’Afrique en général et au Cameroun en particulier , d’acquérir enfin des machines industrielles pour accroître sa productivité et la transformation de certains de ses produits agricoles.

Selon Maître Charles Epee, « les APE pourraient constituer un instrument intéressant qui permettrait à la diaspora d’avoir accès de manière inconditionnée ou conditionnée, puisqu’on ne connaîtrait pas les conditions de suppression ou les conditions d’application en matière d’exonération douanière ». Pour résorber les effets de la compétitivité, il a suggéré que les APE s’accompagnent d’une régulation (fixation des prix) beaucoup plus large qui n’imposerait pas des prix minima ou maxima.

Avec la levée progressive des barrières tarifaires, Maître Epee a évoqué la question de la réciprocité fiscale à mettre en place pour favoriser les échanges commerciaux en Afrique.

Spécialiste en Courtage & Assurances, M. Paul Djama a entretenu les nombreux invités sur les assurances au Cameroun et principalement l’assurance-maladie. Au regard d’énormes besoins pour les personnes moins aisées au Cameroun, « nous mettons en place des mutualités pour permettre aux gens d’avoir une assurance, et donc d’avoir accès aux soins de santé.

Les échanges questions-réponses se sont poursuivis avec le public et la rencontre s’est terminée autour d’un verre de l’amitié et la gastronomie camerounaise.

PS : La conférence-débat en images.
Crédits photos : Ludy Pictures