ADNE au Parlement Européen à Strasbourg / Acte 2

Migration - Développement- Ressources naturelles,..., exposés & débat avec les parlementaires européens, acte 2.

Publié par Ghislain Zobiyo le

Abritée dans le bâtiment « Salvador de Madriana SDM-S7 du Parlement Européen à Strasbourg, la 2ème journée de travail de la plate forme African Diaspora Network Europe (ADNE) s’annonçait très chargée. Les exposés des membres de l’ADNE sur les questions liées à la migration, à l’environnement, à la gestion des ressources naturelles et la politique fiscale en Afrique, étaient suivies d’un débat avec 5 parlementaires européens, sous la direction de Louis Michel. Les échanges de points de vue ainsi que les recommandations issues de cette rencontre ont retenu notre attention et nécessitent analyse et commentaire.

1. Exposés :
1.1 Comment résorber la migration ?
Les différentes causes inhérentes à l’immigration sont un secret de polichinelle : politique, injustice, pauvreté, économique, conflits armés, etc. Cependant, comment venir à bout de celles-ci et réduire le phénomène migratoire en provenance d’Afrique ? Le renforcement des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), le soutien des efforts de paix et de sécurité, la bonne gouvernance et l’industrialisation à même de créer des emplois en Afrique, à titres d’exemples, sont des pistes de réflexions proposées par Henri N’zouzi, administrateur et animateur de radio Mboté à Bruxelles. « La migration est un phénomène humain, la fermeture des frontières ne sera jamais une solution pour l’humanité », a renchérie Doreen Walsweer Sore, Vice-présidente de ADNE. Chargée de la politique de coopération entre les pays ACP et l’UE au sein de l’ambassade du Botswana, la Vice-présidente a insisté sur le fait que cette question migratoire est traitée par les Etats d’Afrique des Caraïbes et du Pacifique(ACP), au même titre que la question sécuritaire et le développement.

1.2 Migration économique, Diaspora africaine, Développement,

Malgré la montée de l’extrême droite en Europe, les accords de Shengen sur la sellette, la fermeture des frontières que veulent adopter certains pays, à l’instar de la Hongrie, dont le Premier ministre Viktor Orban n’hésite pas à violer l’article 2 du traité sur l’Union Européenne, force est de constater que les migrants économiques demeurent des acteurs de développement, aussi bien pour les pays d’accueil que des pays d’origine, a martelé Mamadou Alpha Diallo, CEO African Partner for Investment and Development. Les recherches menées par Mamadou Diallo, auprès de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) montrent que 40% des migrants ont un niveau d’étude supérieur à celui du pays d’accueil. Ces migrants permettent des rentrées fiscales importantes au niveau de l’économie du pays d’accueil. Un point de vue appuyé par une étude réalisée par les économistes de l’UCL, qui estiment que les migrants apportent 2 milliards € au budget de l’Etat belge (source, Le journal Metro du 15/10/2015). Mamadou Diallo souligne par ailleurs, que les flux financiers de la diaspora africaine vers le pays d’origine, dépassent trois fois, l’aide au développement. La diaspora africaine, pourrait être le premier bailleur de fonds/ et ou le premier investisseur des pays en voie de développement. D’où la nécessité pour l’Europe, de renforcer et de développer les canaux légaux de migrations pour certaines catégories, conclu-t-il.

1.3 Changement climatique et Migration

Les changements climatiques naturels tels que l’érosion, le déplacement de zones de végétation, l’assèchement des rivières, ou provoqués par l’homme (déforestation, pollution de la nature à cause d’une forte industrialisation, …) constituent un facteur non négligeable au phénomène migratoire, nous fait remarquer Manel Msalmi, auteur, enseignante chercheur en littérature américaine, études environnementales et membre de l’ADNE.

1.4 Création d’industries de transformation-Compétitivité

Selon la Banque Mondiale, la part de l’industrie africaine dans la production manufacturée mondiale s’élevait à 1% en 2011, et de 25% pour les industries asiatiques.Tel est le constat de Marie-chantale Uwitonze, qui déplore à quel point l’Afrique est en retard et qui pourtant, dispose des ressources naturelles inouïes, dont on ne trouve parfois, nul part ailleurs dans le monde. Mettre en place des politiques permettant à l’Afrique d’être plus autonome, du point de vue de la fiscalité, renforcer la compétitivité et les capacité des industries nationales, renforcer l’industrialisation de l’Afrique pour l’exploitation des matières premières, source de création d’emploi et de richesses, tel était l’appel lancé par Marie Chantal Uwitonze, aux députés européens, si l’on veut un réel décollage de l’Afrique.

1.5.Gestion des ressources naturelles - Certification
L’exploitation illégale des minerais, source de tension permanente et qui alimente souvent certains conflits armés en Afrique, invite à mettre en place d’urgence, une politique de certification régionale plus harmonisée, a fait remarquer Manzi Mbakuramutsa. Malgré l’existence d’outils mis en place pour une traçabilité définis par l’OCDE, l’UE ou la Conférence Internationale sur la région des Grands Lacs, il y a une absence cruciale d’harmonisation des règles de traçabilité, définis par ces organismes. Il n’y a non plus pas assez d’outils de suivi, et un coût financier élevé pour la mise en place du système de traçabilité, a insisté Mbakuramiutsa.

1.6 Une politique fiscale - Prix équitables pour les matières premières et distribution des revenus issus des ressources naturelles

La fluctuation des prix des matières premières a des conséquences dévastatrices sur le plan socio-économique en Afrique : imprévisibilité des revenus des Etats, des producteurs et des fournisseurs ; réduction des investissements ; impact sur les dépenses publiques en matière d’éducation, gestion de l’eau, infrastructure,…, a évoqué Annie Mutamba.

Il faut trouver un juste équilibre entre les besoins de l’Union Européenne (UE)( premier importateur mondial de matières premières) et les ressources africaines dans les domaines agricoles et miniers, sans impacter négativement la vie des populations africaines, a-t-elle poursuivie.

Au terme de son exposé, Annie Mutamba a fait remarquer que la stratégie européenne d’accès aux matières premières, censée soutenir la croissance économique de l’UE, souffre d’incohérence avec les politiques de développement vers l’Afrique.

Le dernier exposé nous vient de Dr Chinedu Madichie, membre de l’ADNE. Il lance un appel aux décideurs politiques africains et européens, pour s’assurer que les ressources naturelles sont utilisées de manière équitable et que ces ressources bénéficient bien au continent africain. Il a insisté sur le fait que les termes de la négociation vis à vis de l’Afrique doivent avoir pour socle le partenariat. Ce qui assure, un juste processus pour l’exploitation des ressources naturelles, un commerce international équitable, une transparence dans les échanges et un respect mutuel bénéfique à tous.

L’UE et l’Afrique doivent travailler ensemble pour un renforcement mutuel et pour un enrichissement mutuel. Cela doit se faire dans les règles de l’art. Ceci impliquera d’établir des contrats basés sur un respect mutuel. Il a ajouté que les politiques fiscales sont indéniablement essentielles pour l’intégration de l’exploitation des ressources naturelles au programme de développement national.

Enfin l’UE doit soutenir et encourager la bonne gouvernance même pour l’exploitation des ressources naturelles. L’établissement de système de taxe est essentiel pour lutter contre la corruption. Avec des politique fiscales efficientes, les ressources naturelles peuvent fournir de biens économiques justes pour chaque pays d’Afrique.

L’ensemble des exposés pertinents, tant sur l’analyse de la situation que sur les propositions formulées a été très applaudi et bien accueilli par les 5 députés européens. La suite du débat avec les parlementaires et les recommandations issues de cette rencontre seront traités dans l’acte 3 de l’ADNE.

Ghislain Zobiyo