La réponse de la Belgique au Coronavirus en Afrique porte ses fruits

Publié par Ghislain Zobiyo le

BRUXELLES, le 13 Octobre (BIPMedia)

Apporter une réponse aux plans nationaux de riposte Covid-19 des pays d’Afrique, partenaires de la Belgique, mais aussi atténuer les conséquences socio-économiques de cette crise sanitaire, tout en se projetant pour une autonomie de production locale de vaccins, tels sont les multiples chantiers que mène l’Agence de développement belge « Enabel », nous a confié récemment dans une interview, Jean Van Wetter, le directeur général.

Animée dans sa nouvelle stratégie « Act for Impact », ou des actions ayant un impact en français, Enabel met en œuvre au nom de l’Etat belge (d’après le contrat de gestion), la coopération bilatérale entre la Belgique et ses partenaires. A cet titre, Enabel joue un rôle clé dans la gestion de l’épidémie de Covid-19, et la solidarité de la Belgique en faveur de ses partenaires africains depuis le début de la crise de Covid-19. De façon permanente, l’Agence de développement belge contribue au renforcement des systèmes de santé publique et à la formation professionnelle de 14 pays partenaires, dont 13 en Afrique plus la Palestine au Proche-Orient.

Au Niger, « le plan de riposte Covid-19 s’est matérialisé par un soutien à la mise en œuvre d’un centre d’appel d’urgence Covid-19, des actions de sensibilisation via des spots radio, des spots télé, la fourniture d’ambulances, des masques, des respirateurs, et de gel hydro-alcoolique », a relevé M. Wetter.
http://bipmedia.be/word2/wp-content/uploads/2021/10/Don-ambulance-equipee-Enabel-au-Niger.jpg Photo©Enabel

Ce même déploiement a été fait au Bénin, mais en plus, Enabel a adapté son programme de santé par rapport aux capacités locales. C’est ainsi qu’une centaine de couturières ont été formées sur les techniques de production des masques réutilisables. 15.000 masques ont été fabriqués et distribués à 3200 ménages. Plus de 1000 dispositifs de lave-mains ont été installés dans 3800 villages et plus de 250 agents communautaires ont été formés pour sensibiliser les populations.

Enabel a soutenu la mise en œuvre de l’unité accueil des patients Covid-19, à l’hôpital Saint-Joseph de Kinshasa en République Démocratique du Congo (RDCongo). 4 ambulances entièrement équipées et de respirateurs d’oxygène ont également été fournis à la RDCongo. Ce qui a favorisé une plus grande capacité d’accueil et la prise en charge des malades, a indiqué M. Wetter.
http://bipmedia.be/word2/wp-content/uploads/2021/10/Don-ambulances-Belgique-a-la-RDCongo-2.jpg Photo©Enabel

La réponse d’Enabel à la crise sanitaire a également permis d’atténuer les conséquences socio-économiques de la Covid-19, dans les secteurs de l’éducation, le développement du secteur privé, le commerce des pays partenaires africains.

« L’une de mes fiertés c’est qu’en Ouganda, on a aidé le ministère de l’éducation à mettre en place tout un système d’éducation en ligne (« e-learning » en anglais), avec des partenaires du secteur privé tel que NTM (la société de télécommunication), qui a fourni du temps en ligne gratuit aux élèves, afin de leur permettre d’accéder à des modules de formation » a expliqué M. Wetter.

Un « Sand box digital » (bac à outils numérique) a été mis en place pour les enseignants. Ce qui leur a permis d’accéder au matériel pédagogique en ligne, et de pouvoir donner des cours en ligne. En terme de statistiques, le Sand box digital visait 265 enseignants, 5000 élèves-enseignants et 16 projets de formation d’enseignants des écoles secondaires partenaires. Enabel a également fourni des tablettes et du matériel audiovisuel aux élèves. « Grace à ces actions, l’accès à l’éducation de centaines de milliers d’élèves a été possible », a indiqué M. Wetter.

Permettre aux partenaires d’Afrique, d’accéder équitablement au vaccin contre la Covid-19, et s’assurer que ces vaccins seront utilisés à des fins sociales, tel est l’un des cinq axes d’actions de Enabel. En mai dernier, la Belgique a fait un don de 4 millions de doses de vaccin au programme de solidarité international Covax pour l’année 2021. Au mois d’août, la Belgique a fait un nouveau don de plus d’un million de doses de vaccin AstraZeneca, dont 70% ont été envoyé aux partenaires africains. L’Ouganda en a reçu 153. 900 vaccins le 23 septembre 2021. Plutôt, le 10 septembre, le Sénégal avait 405 600 doses de vaccin (sources du Service Public Fédéral, Affaires étrangères, et Coopération au développement).

http://bipmedia.be/word2/wp-content/uploads/2021/10/Don-Vaccin-Belgique-a-lOuganda.jpg Photo©Enabel

http://bipmedia.be/word2/wp-content/uploads/2021/10/Don-de-vaccin-Belgique-au-Senegal.jpg Photo©Enabel

Enabel a joué un rôle dans la logistique, l’envoi, la réception et la distribution des vaccins. L’Agence de développement collabore avec le ministère de la santé, le ministère de l’éducation et le gouvernement ougandais, pour assurer la distribution des vaccins vers les enseignants. « Ces dons de vaccins de la Belgique ont accéléré la campagne de vaccination des enseignants et ont permis en aval, la réouverture des écoles en Ouganda », a fait savoir M. Wetter.

La distribution de vaccins et du matériel médical a eu un succès, grâce à la mise en place par Enabel, d’un système de distribution dans les centres de santé, les hôpitaux aussi bien dans les grandes métropoles, que dans les zones reculées. « C’est là, la force et l’ADN de Enabel qui se résume en « leave no one behind » (ne laisser personne derrière), a martelé M. Wetter. « Plus de 100 personnes qui travaillent pour Enabel en Ouganda ont été vacciné, et notre représentant résident en Ouganda a mis en place, des méthodes innovantes de sensibilisation à la vaccination qui ont porté leurs fruits », a poursuivi M. Wetter.

L’appui de la Belgique aux plans de riposte Covid-19 des pays africains partenaires précités et bien d’autres a été positif. Dans beaucoup de cas, estime M. Wetter, la gestion de la crise de Covid-19 en Afrique a été relativement réussie, avec un taux de mortalité inférieur dans certains pays africains.

Le coût d’assistance Covid-19 (fourniture d’équipements, plan riposte) de la Belgique vis à vis des pays partenaires d’Afrique plus la Palestine, est estimé entre 10 et 15 millions sur l’ année.

Cependant, le faible taux de vaccination dans ces pays reste le principal défi. En Ouganda par exemple, seulement 1,6 million de personnes sur une population de 45 millions environ ont reçu au moins une dose de vaccin. « L’initiative Covax est une solution temporaire certes nécessaire, mais la production locale de vaccins dans un deuxième temps est essentiel », a expliqué M. Wetter.

La Belgique s’inscrit dans une perspective à moyen terme, qui vise à soutenir ses partenaires africains à avoir les capacités et une autonomie de production de vaccins et de matériel médical, et une compétence locale de régulation, a insisté M. Wetter. « C’est un domaine dans lequel la Belgique a une grande expérience, c’est une valeur ajoutée », a-t-il appuyé.

De manière concrète, la Belgique soutient la production locale de vaccins et de médicaments au Sénégal. Elle affecte 500 000€ du portefeuille de la coopération gouvernementale à cette fin (sources du SPF Affaires étrangères et Coopération au développement). Par ailleurs, pour aider le Sénégal à structurer son industrie pharmaceutique, « la Belgique a organisé au mois de mai 2021, une table ronde qui réunissait les industries pharmaceutiques, l’agence belge du médicament, l’Institut de santé publique Sciensano, les universités, des professeurs, des O.N.G. le ministère des Affaires étrangères, le cabinet de la ministre de la coopération », pour jeter les bases de réflexion sur le transfert de compétences et de savoir-faire belge au Sénégal », nous a confié M. Wetter.

Cet accompagnement de la Belgique vis à vis du Sénégal, est en parallèle avec Univercells, une entreprise belge. Univercells a signé un accord de partenariat avec l’Institut Pasteur de Dakar (au Sénégal), pour la mise en place d’une production locale de vaccins », a fait savoir M. Wetter. Enabel va plus loin, et mène une réflexion autour de la création ou le soutien à la création d’une agence du médicament, la formation en recherche, recherche au développement d’experts locaux (techniciens en industrie pharmaceutique, chercheurs de laboratoire, …) au Sénégal. Enabel avance ainsi dans les négociations avec le ministère de la santé sur le volet formation, en partenariat avec l’Institut Pasteur de Dakar.

Toujours dans cette perspective en faveur d’une autonomie de production locale de vaccins, « Enabel a financé récemment, l’organisation d’un séminaire dans le cadre du plan » Sénégal émergeant », pour définir un plan d’action sénégalais par rapport à la production locale de vaccins, et s’assurer qu’il soit cohérent avec les différentes initiatives et les différents acteurs qui souhaitent s’intégrer de manière logique », a confirmé M. Wetter.

http://bipmedia.be/word2/wp-content/uploads/2021/10/Seminaire-Plan-de-relance-secteur-pharmaceutique.jpg Photo©Enabel

Enabel s’inscrit aussi au projet « Team Europe »(TE), lancé en avril 2020, et qui offre un levier plus important dans la lutte contre la Covid-19. TE permet surtout de mieux coordonner les initiatives individuelles des États membres de l’UE, et celle de la Commission européenne, pour apporter une réponse globale Covid-19 aux pays fragilisés. Dans cette plateforme, Enabel participe au travail d’identification des priorités des différents pays et donc, a un portefeuille programmes important pour le compte de l’UE. Enabel intègre tout aussi les initiatives de l’Union Africaine et de Africa CDC, qui est une institution technique spécialisée de l’Union africaine, créée pour soutenir les initiatives de santé publique des États membres, et renforcer la capacité de leurs institutions de santé publique.

TE va soutenir le projet de production local de vaccins au Sénégal, pour un montant estimé à 4 milliards €, nous a confié M. Wetter.

Créée en décembre 1998, l’Agence de développement qui s’appelait auparavant Coopération technique belge, a été renommée il y a 4 ans « Enabel (en anglais) », pour mieux incarner la volonté de rendre possible. « L’Afrique va avoir trois milliards d’habitants en 2100. Elle a une très forte croissance de sa population. D’où l’importance d’avoir une production locale, non seulement de vaccin contre la Covid-19, mais aussi d’autres vaccins ainsi que des médicaments », a conclu M. Wetter.