Communiqué Burundi / Six organisations appellent à la responsabilité des institutions internationales

Un appel à plus de fermeté vis à vis du pouvoir de Bujumbura, et à la protection des citoyens

Publié par Ghislain Zobiyo le

Des organisations de la société civile burundaise, ainsi que le Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et la Restauration d’un Etat de Droit (CNARED), lancent un appel aux institutions et à la communauté internationales, au vu de la situation très préoccupante au Burundi.

Selon la Vice-présidente du Mouvement des femmes et des filles pour la Paix et la Sécurité au Burundi (MFFPSB), cet appel concernent les Nations Unies ( NU), l’Union Africaine (UA), l’Union Européenne (UE), l’East African Community (EAC), afin qu’ils prennent leurs responsabilités et protéger le peuple burundais. " Tous les messages adressés au gouvernement de Bujumbura n’ont rien donné et nous voulons désormais unir nos forces pour dire à la communauté internationale que nous sommes des porte-paroles des sans voix ; à savoir, le peuple burundais vivant au Burundi qui est terrorisé, torturé, violé et tué par celui qui était censé le protéger ", a déclaré, la vice-présidente de MFFPSB. (NDR - BIP)

Lire le communiqué en français ci-dessous

UN APPEL URGENT POUR LE BURUNDI.

Un examen attentif des récents développements de la crise du Burundi montre qu’il s’agit
principalement d’un problème politique qui se transforme en problème régional.

Tout a commencé en Mars 2014 lorsque le Président a tenté de réviser les dispositions constitutionnelles portant sur les termes du mandat présidentiel pour l’augmenter de 2 à 3 mandats. Le quota n’a pas été atteint. Cependant, malgré l’échec de cette révision constitutionnelle, Pierre Nkurunziza a tout de même décidé de se présenter pour un troisième mandat, culminant ainsi la crise politique à la situation que l’on connait actuellement. Légalement, un troisième mandat constitue une violation de la Constitution et de l’Accord d’Arusha. Les nombreuses mises en garde sur les discordes qu’un troisième mandat pourrait semer, sur le risque de raviver les tensions ethniques et de plonger le pays dans une autre guerre civile sont tombées dans l’oreille d’un sourd. Aujourd’hui ces inquiétudes sont devenues une réalité.

Les associations des jeunes, la société civile et les partis politiques du pays qui s’opposent vigoureusement au 3ème mandat et qui ont manifesté à plusieurs reprises pour stopper la candidature de Pierre Nkurunziza ont fait l’objet d’une répression extrêmement dure et sans retenue menée par les forces nationales de sécurité appuyées par les membres de la milice “Imbonerakure” du parti au pouvoir.

Aujourd’hui, plus de neuf (9) mois plus tard, le pays s’enfonce sous nos yeux dans une situation de plus en plus incontrôlable pour le gouvernement et invivable pour les Burundais. Selon les estimations des Nations Unies, plus de 439 personnes ont été tuées, plus de 250.000 personnes ont fui le pays et l’économie du Burundi se trouve actuellement dans une très grave crise. Malheureusement, étant donné que les médias privés ont été détruites ou interdites et que les organisations de la société civile ont fermé leur s portes ou ont été bannies, il est quasi impossible de faire une évaluation correcte de la situation actuelle. Le manque d’information permet la commission de toutes sortes de crimes de continuer au Burundi dans une atmosphère d’impunité totale. Les médias sociaux tels que WhatsApp, Facebook et Twitter sont devenus les sources primaires d’information mais, malheureusement, contribuent aussi à propager les rumeurs en provenance du gouvernement ou de l’opposition.

Les organisations et les partenaires régionaux, continentaux et internationaux sont intervenus exprimant leurs préoccupations, compassion et solidarité et appelant tous les dirigeants Burundais à mettre fin à la violence et à rechercher une solution politique et pacifique par le dialogue.

La crise burundaise a mis à l’épreuve l’efficacité et l’efficience des institutions des Nations Unies tels que le Conseil de Sécurité, les organes politiques de l’Union Africaine tels que le Conseil de Paix et de Sécurité ainsi que la Communauté de l’Afrique de l’Est. Ces organisations sont sensées assurer le respect de l’état de droit par leurs états membres, que les citoyens de ces

états vivent en paix et en sécurité et qu’ils sont réellement protégés et responsabiliser le gouvernement et les institutions nationales de leurs états membres. Malheureusement, les multiples tentatives de ces organisations et des autres partenaires d’aider le Burundi à retrouver la Paix, en utilisant les moyens diplomatiques aussi bien que coercitifs, ont échoué. Pierre Nkurunziza et son gouvernement de facto ont décidé d’ignorer tout message contre son
3ème mandat illégal.

Cette crise remet aussi en question le cadre normatif régional et international qui est globalement préconisé et le principe régional préconisant “des solutions africaines pour les problèmes africains”, indiquant que les organisations régionales devraient être au premier rang dans la recherche des solutions aux crises survenant dans leur région. La Communauté de l’Afrique de l’est, la CEEAC, la COMESA, la CIRGL et l’Union Africaine sont toutes des organisations auxquelles le Burundi appartient comme état membre. Elles ont essayé d’offrir une médiation, persuader et guider le Burundi vers une résolution de la crise, hélas, en vain. Aujourd’hui ; les solutions africaines pour les problèmes africains est plus un slogan qu’un objectif réalisable ou réaliste.

L ‘Union Africaine a tenu un Sommet à la fin de Janvier 2016, sensée confirmer la décision du CPS de l’UA de déployer une mission militaire de Prévention et de Protection de 5.000 troupes au Burundi. Malheureusement, le Sommet a conclu qu’il serait prématuré de déployer une mission au Burundi et a décidé d’envoyer plutôt une délégation de haut niveau pour négocier avec les leaders.

En fin janvier 2016, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a visité le Burundi pour la 2ème fois en moins de 10 mois, pour essayer de trouver une solution mettant fin à la crise au Burundi.

En ce mois de Février 2016, la visite du Secrétaire Général des NU au Burundi ainsi que la délégation de l’UA représentée respectivement par le Sénégal, la Mauritanie, le Gabon, l’Ethiopie et l’Afrique du sud n’ont pas fait fléchir le régime burundais. Celui-ci continue à divertir ses hôtes et à refuser la force MAPROBU ainsi que le dialogue inclusif.

Aucun de ces intervenants n’a ; à ce jour ; pris de mesures concrètes et applicables pour forcer le Burundi à trouver une solution pacifique.

Pierre Nkurunziza tire avantage de l’indécision de l’Afrique et du Monde pour exécuter son plan de nettoyage politique et ethnique de tous ceux qui s’opposent à son 3ème mandat. De plus en plus, des cadres supérieurs de son gouvernement se livrent à des discours haineux, des menaces, des intimidations et appellent à la tuerie faisant référence ouvertement à la “purification”, au “nettoyage” et à “ l’éradication” de tous les quartiers où vivent les soit disant
“ennemis de la nation”. Les discours, chansons et slogans sont utilisés pour inciter la population
à la haine et insulter les leaders du Rwanda et tous ceux qui dénoncent les violations des droits
de l’homme.

En même temps, l’Envoyé spécial des Etats Unis dans la Région des Grands Lacs Thomas Perriello et Ms Linda Thomas- Greenfield, la Secrétaire d’Etat adjointe aux affaires africaines accusent le Rwanda d’essayer de déstabiliser le Burundi par le recrutement et l’entrainement des réfugiés burundais pour qu’ils se battent contre Pierre Nkurunziza. Le Rwanda a réagi en annonçant à la communauté internationale sa décision de reloger les réfugiés burundais. Malheureusement la position des Etats Unis détourne l’attention de la communauté internationale de la gravité de la crise burundaise et du besoin urgent de protéger le peuple burundais, particulièrement les personnes vivant au Burundi.

L’acharnement contre le Rwanda prouve l’alliance, qui a toujours été niée par le pouvoir de Bujumbura, entre les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), la milice Imbonerakure et le gouvernement illégal du Burundi.

Ceci fait que les citoyens burundais se trouvent dans une situation déplorable. Tous les appels lancés au cours des derniers mois demandant de l’aide et de la protection pour ces citoyens
n’ont pas encore suscité des mesures concrètes. Au contraire, au fur et à mesure que le problème s’aggrave et prend une dimension régionale, il semble peu probable que l’on se rappelle du peuple burundais qui attend toujours désespérément que l’Afrique et le monde viennent à leur secours.

Compte tenu de ce qui précède, les citoyens du Burundi au service de la paix et de la sécurité
pour tous :

Condamnent fermement les exécutions sommaires et arbitraires, les violations massives et flagrantes des droits de l’homme et du droit humanitaire international qui sont devenus le système de gouvernance au Burundi ;

Dénoncent les pratiques courantes du parti au pouvoir CNDD-FDD indiquant que celui-ci se comporte comme l’organe suprême de facto du pays et le seul représentant du peuple ;

Déplorent l’absence totale de responsabilité, de justice et d’état de droit ainsi que la destruction totale de l’économie nationale, gardant la population dans un état de pauvreté abjecte ;

Dénoncent l’inaction de la communauté internationale et la mauvaise interprétation de la crise burundaise par tous ceux qui sont supposés y apporter une solution, éclipsant la responsabilité du gouvernement burundais et la transférant aux pays voisins et autres intervenants ;

Prient instamment les citoyens du monde de se rallier au mouvement de paix et de sécurité
pour le Burundi dans sa quête de restaurer l’humanité et la paix refusées au peuple du Burundi

Exhortent fermement les Nations unies, particulièrement le Secrétaire Général et le Conseil de
Sécurité, l’Union africaine, l’Union européenne, la Communauté de l’Afrique de l’Est, les Etats

Unis et autres partenaires, à adopter des mesures appropriées pour appliquer le principe de la non-indifférence et la responsabilité de protéger.

Enfin, nous nous engageons à défendre la Paix et la Sécurité jusqu’à ce que l’assistance humanitaire dont la population burundaise a si cruellement besoin soit garantie avant qu’il ne soit trop tard.

Signataires :

1) Le Mouvement des femmes et des filles pour la paix et la sécurité au Burundi (MFFPS) :
info@mffps-burundi.org.
2) Le Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha pour la paix et la
Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit (CNARED)
3) Alliance des Burundais du Canada (ABC)
4) Le Comité de Solidarité et de suivi de la crise politique que traverse le Burundi
5) Forum de la Diaspora Burundaise (FODIB)
6) Burundais d’Italie pour la légalité et la solidarité citoyenne (BILSOC).