Belgique/Rwanda Devoir de mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda

Lutter contre le négationnisme sous toutes ses formes

Publié par Ghislain Zobiyo le


A l’occasion de la commémoration du 22è anniversaire du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, l’Ambassadeur du Rwanda à Bruxelles, Olivier Jean Patrick Nduhungirehe animait une conférence de presse mardi 05 avril 2016, pour rappeler aux médias la vérité sur ce drame humain inqualifiable, et dire stop au courant négationniste et révisionnisme très répandu en Belgique et dans tout l’Occident.

L’Ambassadeur Nduhungirehe, a de ce fait, réclamé des autorités belges, une pénalisation de la négation, la minimisation et l’approbation du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, sur le modèle de la loi du 23 mars 1995 sur la Shoah. Il a lancé un appel et une adaptation de la mention figurant sur un monument dédié aux victimes du génocide rwandais, installé depuis douze ans à Woluwe-Saint-Pierre, à Bruxelles et qui fait polémique.


« Commémorons le génocide perpétré contre les Tutsi en luttant contre l’idéologie du génocide », tel est le thème de la 22è commémoration qui commence ce jeudi 7 avril 2016. Un thème qui rappelle justement ce qui s’est passé entre avril et juillet 1994 au Rwanda où plus de 800.000 Tutsi furent massacrés par leurs voisins Hutu sur base de l’idéologie du génocide longtemps entretenue depuis le président Grégoire Kayibanda et qui atteignit son paroxysme à la mort du président Juvénal Havyarimana.

Pourtant, il y a 71 ans, face à l’horreur d’Auschwitz où 1,1 million de juifs été exterminées par les nazis, le monde disait et continue de dire « Plus jamais ça ». Un leitmotiv sur lequel se base diverses actions de prévention ou de lutte contre le génocide. Mais, on se rend compte que l’idéologie de génocide continue de diviser les communautés et de faire ravage.
Mais pourquoi, malgré tous les moyens de répression juridique mis en place, le génocide se commet encore ? Parce que l’idéologie du génocide est entretenue par le négationnisme et la banalisation de ce crime, et cela est devenu « un fléau très inquiétant, surtout en Belgique et dans le monde occidental. Des génocidaires et négationnistes rwandais se cachent derrière un statut d’opposant pour narguer les victimes du génocide, des soi-disant chercheurs et journalistes se cachent derrière la sacro-sainte liberté d’expression pour nier et réviser l’histoire », indique l’Ambassadeur Nduhungirehe.

A côté de ceux-là, s’ajoutent ceux qui manipulent la terminologie (par exemple, génocide des Tutsi ou génocide des Rwandais ?) pour au final nier eux-aussi le génocide des Tutsi au Rwanda. C’est notamment, comme a indiqué l’Ambassadeur Nduhungirehe, Joseph Matata, « un négationniste rwandais » vivant en Belgique et à la tête du Centre de Lutte contre l’impunité et l’injustice au Rwanda (CLIIR). Celui-ci appelé à manifester le 6 avril devant le Mémorial à Woluwe-Saint-Pierre à Bruxelles, normalement érigé en mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi, mais que Matata veut transformer en « Mémorial du génocide rwandais dédié à toutes les victimes ». Ce qui choque évidemment les autorités diplomatiques rwandaises et les rescapés du génocide contre les Tutsi à Bruxelles. D’où l’urgence d’adaptation de l’inscription sur la stèle dont « l’imprécision [des termes] alimente ces mouvements négationnistes » a insisté l’ambassadeur.

A côté de cette négation et minimisation du génocide, les rescapés affrontent au quotidien une discrimination, voire souvent des menaces, selon les propos de Déo Mazina, président de l’association Ibuka, qui décrivait, au cours de cette conférence, le vécu du négationnisme en Belgique par les rescapés du génocide.

"Le négationnisme est présent en Belgique. On est souvent victime de menaces ou d’agressions à caractère xénophobe », s’indigne Mazina.

« La lutte contre le génocide est un devoir pour tous et pas seulement celui des rescapés. Sa répression doit être une obligation", poursuit Mazina, en s’interrogeant sur la frontière entre la primauté, le droit de vivre dignement et celui de la liberté d’expression. Liberté derrière laquelle beaucoup de négationnistes et révisionnistes se cachent.

Face à ces négationnistes, le combat contre l’idéologie de génocide continue bien entendu. Et la mémoire reste vigilante. Jeudi le 7 avril, des cérémonies commémoratives ont eu lieu au Rwanda et partout dans le monde. En Belgique, la cérémonie officielle avait lieu au Parlement Européen le 07 avril dans la matinée. Cette commémoration s’est poursuivie au secrétariat du Groupe ACP après-midi avant de se poursuivre le soir avec une marche aux flambeaux. D’autres cérémonies sont prévues dans d’autres villes de Belgique telle que Liège, le 9 avril, Anvers le 16 avril et à Louvain-la-Neuve le 23 avril.

Jérôme Bigirimana