Cinesah Festival clôture sa 2ème édition

Faire du cinéma le véhicule de notre culture et de notre identité

Publié par Ghislain Zobiyo le


Entamée le 14 décembre 2017 avec la projection de deux films dont « Samedi Cinéma », du réalisateur Mamadou Dia, et « Swagger », un film d’Olivier Babinet, la 2ème édition Festival du Cinéma du Sahel (Cinesah Festival) s’est clôturée dimanche 17 décembre 2017 à la « Salle des fêtes » de la ville de Garoua sur une note de satisfaction. De l’avis de tous, autorités, partenaires et participants, cette édition aura été un succès indéniable au regard à la fois des divertissements variés proposés aux festivaliers, les formations à la photographie et aux métiers du 7ème art ainsi q’une participation massive des autorités administrative et traditionnelle, du grand public mais surtout la forte implication des jeunes aux ateliers photo et cinéma. Ces ateliers de formation étaient couronnés de travaux aussi bien pour la photographie que pour les métiers du cinéma (écriture du scénario, prises de vues caméra, montage et réalisation, …).

Dirigé par le Photographe et Infographiste Guy Kouekam , l’atelier photo comprenait 14 étudiants. Plus d’une vingtaine de photos prises par les 14 participants à l’atelier ont été présentées aux invités. Il en est de même de l’atelier cinéma. Animé par le réalisateur Abdallah Mahamat Kadjouck, les 18 participants à l’atelier ont réalisé un court métrage de 2 minutes intitulé « LOROU » ( en langue Peule du Cameroun), ce qui signifie Reviens. Ce court métrage a été projeté pour le grand bonheur des invités, qui découvraient le talent des jeunes et futurs cinéastes ou photographes du Septentrion. Les invités à cette soirée de clôture de Cinesah étaient tout simplement subjugués par la qualité des travaux photo et vidéo dirigés par deux maîtres de l’Art.

Cinesah festival innove et promeut la littérature dans le Septentrion. Djaïli Amadou Amal, auteur du roman «  Munyal », où « les Larmes de la patience » a choisi Cinesah Festival pour présenter pour la première fois, son tout récent ouvrage. C’était le 15/12/2017 à la Maison des jeunes. Dans cet ouvrage le personnage central une jeune fille (Hindou), subit une violence inouïe dans le mariage mais aussi au sein de la belle famille. Malgré ses plaintes, personne ne réagit à sa souffrance. La jeune fille se retrouve prisonnière des traditions, prisonnière de la société.

3 lieux emblématiques ont contribué au succès de cette édition. C’est le cas de la Maison des jeunes qui a abrité durant 5 jours, les deux ateliers photo et cinéma du 13 au 17 décembre 2017, la conférence de presse édition ainsi que les trois conférences-débats du 14/12/2017. Que peut-on retenir de ces échanges avec le public ? Baba Wame, enseignant à l’Ecole des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication à l’Université de Yaoundé II, et Sous-directeur en charge des technologies numérique et graphique au Ministère de la Communication a entretenu les participants sur un thème interrogatif : « Les réseaux sociaux, outil de développement économique ou destructeur de tissu social ? ».

Dans son approche, l’orateur a démontré les avantages mais aussi les inconvénients du réseau social sur plusieurs plans. Les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Linkedin, …) constituent un levier économique important. Grace au réseau social, l’entreprise peut faire connaître son ou ses produits à un large public dans un temps réduit, d’augmenter les ventes de ses produits, sans trop d’investissement en terme de marketing. Par ailleurs, le réseau social réduit l’éloignement physique des êtres chers et amis. Avec le réseau social on communique avec le monde entier. En revanche, bien que cette nouvelle forme d’échange et de relation entre personnes renforce le lien social, crée une nouvelle sociabilité, fort est de constater que le réseau social participe à l’isolement : on est branché sur son smartphone à longueur de journée. L’autre inconvénient du réseau social est l’absence de hiérarchisation et le manque de régulation de l’information. Tout est déversé sur les réseaux sociaux, à tel point qu’il y une atteinte aux moeurs. L’orateur a pour cela, proposé des solutions pour tirer le meilleur parti des réseaux sociaux, en s’orientant vers les sites qui filtrent l’information. L’objectif est de faire du réseau social un outil complémentaire aux médias mainstream. Les échanges Questions-réponses avec les participants ont permis d’interroger le rôle de l’Etat dans les dérives des réseaux sociaux, mais aussi le rôle de tous pour faire du réseau social, une véritable outil de développement socio-économique.

Deux autres conférences-débats ont relevé cette édition de Cinesah festival. C’est le cas de celle consacrée aux « nouvelles technologies et cinéma, comme outils de promotion des valeurs culturelles », ou encore « Intégration nationale et séries télévisées locales : un mariage improbable ». Du show à la Maison des jeunes, il y en avait aussi. 4 jeunes stylistes, créateurs de mode à savoir : Yer-gâta fashion, JB Collection, Amadou Collection et Fal-ous fashion, tous originaires de la région du Nord ont présenté aux festivaliers, le fruit de leur toute dernière création : esthétique, sobriété, couleurs, rêve, …, les qualificatifs vont à l’ infini pour décrire la beauté des tenues et le magnifique spectacle offert par les mannequins expérimentés, le public était ébloui.

Dans les salles de projection, le public a également répondu présent. Aussi bien à la Maison des jeunes, au Centre Culturel Lopere, qu’au Salon de fêtes de la ville de Garoua, le public a répondu massivement et venait voir les films. En plus de la participation massive du public lors des projection, certains films ont fait salle comble au Centre Culturel Lopere. Tel est le cas pour les films « L’Arbre sans fruit », du réalisateur Aicha Macky et « La Patrie d’abord » de Thierry Ntamack.

La grande et belle surprise de cette édition qu’on peut qualifier de spéciale, nous vient de Sa Majesté, El Hadj Aboubakar Moustapha, le Lamido de Demsa. Le Lamido qui en a fait de Demsa, la capitale du cheval dans le Septentrion a offert aux festivaliers de Cinesah et au grand public, l’une de ses plus belles fantasia et course hippique . Mais avant cette fantasia et course hippique, le public venu massivement a vécu la magistrale scène d’accueil du Lamido, assis sur son cheval royal, protégé par la cohorte de sa garde rapprochée et vénéré par les sirènes de la musique traditionnelle de la fantasia. Une scène grandiose qui symbolise toute une identité et qui fait la fierté de l’arrondissement de Demsa, de la ville de Garoua, du Septentrion et du Cameroun.

Cette édition de Cinesah festival était marquée du sceau de son ambassadeur Isnebo, le chanteur et chouchou musical de la région du Septentrion. Il a embelli le festival par ses prestations depuis la cérémonie d’ouverture, pendant le festival et à la clôture de Cinesah festival. Rappelons par ailleurs que Isnebo a composé l’hymne de Cinesah festival, que nous aurons l’honneur de vous faire écouter très prochainement. C’est sur deux grandes oeuvres cinématographiques que s’est clôturée cette 2ème édition du festival : "Papa je suis là", du jeune et imminent réalisateur Abdalah Mahamat Kadjouck et "Femmes bâtisseuses du Niger" de la réalisatrice camerounaise Amélie ESSÉSSÉ.

En initiant Cinesah Festival, l’association sans but lucratif Kaotal souhaite contribuer au développement socio-culturel du Septentrion. Au moment de clore cette manifestation de la culture et du cinéma dans le Septentrion, Fatimatou Gajama Ahmat, Directrice de Cinesah Festival a remercié vivement ceux et celles qui ont cru en ce projet depuis le lancement de la première édition, en l’occurence l’Honorable Oumoul Koulchimi Ahidjo, le Ministère des Arts et de la Culture à titre d’exemples. Elle a remercié aussi les organisateurs de la 5ème édition des Trophées francophone du Cinéma, un évènement qui a fait de la ville de Garoua, l’une de ses 5 articulations à travers le Cameroun. Elle a lancé un appel aux sponsors de tout bord pour appuyer la culture et le cinéma dans l’objectif de faire éclore le talent des jeunes du Septentrion.

Sombe Simon, Inspecteur général des Services régionaux, représentant le Gouverneur de la région du Nord n’a pas manqué de couvrir d’éloges, les organisateurs du festival pour la réussite de cette 2ème édition de Cinesah : « je m’en voudrais de ne pas tirer un coup de chapeau aux encadreurs qui sont venus de loin et même de prêt, pour commencer à faire germer dans le coeur des jeunes, des photographes et des potentiels cinéastes. Il s’agit de faire du cinéma un véritable véhicule par excellence de notre culture de notre identité et au-delà, d’explorer le potentiel économique ». Le représentant du Gouverneur a rassuré les organisateurs de Cinesah, d’apporter tout son appui pour l’avancement d’une telle oeuvre. « Nous avons pris la décision de créer un cadre de réflexion, où prendront part tous les partenaires et acteurs afin de mettre en oeuvre des conditions d’aménagement permettant de promouvoir, au-delà de l’aspect culturel et identitaire, un potentiel économique susceptible de créer de l’auto emploi pour les jeunes », a déclaré le représentant du gouverneur de la région du nord au cours d’une interview.

Cette 2ème édition de Cinesah aura marqué positivement les esprits. Un évènement fédérateur qui compte bien apporter un rayonnement national et international à la belle culture et au Cinéma dans le Septentrion, mais aussi donner des perspectives d’avenir aux jeunes en proie au chômage, à l’absence de structures de formation. Illustration en images de Cinesah Festival 2017.

Ghislain ZOBIYO